jeudi 27 janvier 2022

D9 : Un cheval à la fenêtre, ou la "fenêtre des voleurs"

 Me voilà sur la petite D9 qui relie Caudiès de Fenouillèdes (66), au Col de St Louis, limite départementale entre 66 et 11.

Tout commença un jour par un cheval à califourchon sur une fenêtre. 

Une tête de cheval

Non, point ne s'égare ma raison...

Il est, sur cette route, une fine arête calcaire, pas très haute mais assez tourmentée puisque le temps y creusa une fenêtre et que les roches restantes ressemblent à un cheval joliment posé sur "icelle" (vieux français).




L'arête, modeste, tourmentée et accessible en "mode sanglier"


Comment y accéder ? Ce n'est pas haut, c'est juste inextricable. Mais c'était oublier que j'avais progressé dans le style sanglier et que je finis par accéder à la base de la paroi rocheuse où hisser sa petite personne n'est pas tout à fait un jeu d'enfant mais un jeu de muscles. Je suis sur l'arête, bousculée par les rafales de tramontane glacée. Bousculée ? Pas l'arête non, moi oui... 





Mes cheveux prennent la fille de l'air, je veille à n'en pas faire autant. Et J'avance. Le vide est faible, ou pas, masqué par les taillis et buissons, assez haut pour se blesser. Tantôt l'arête est fine comme une lame, tantôt assez large pour y progresser par bonds, tantôt veillée par un gendarme qu'il faut éviter...c'est normal non, dans la vie ?






Le gendarme contourné (par côté gauche)



En dessous de moi la route avec son harmonieuse épingle, personne ne me voit sans doute, sinon on pourrait crier "Au fou !!". De loin un fou est unisexe.



Me voici à la fenêtre, le cheval n'a plus aspect d'équidé, plus beau d'en bas, plus envoûtant d'en haut, normal, c'est une arche, une voûte.



Je pourrais marcher sur son encolure mais je n'ose pas : ne pas détruire l'animal, ne pas risquer de me rompre les os.




Partie inférieure de la fenêtre













D'en haut, le point de vue est superbe, 360° dans un horizon rétréci restent 360° : mes arêtes favorites, le drôle de tracé de cette route qui se superpose élégamment, la vallée, les éperons blancs de calcaire, les végétaux d'ici, un 360° détaillé car en plan rapproché.


Depuis la fenêtre


Je reviens sur mes pas, arête en sens inverse, descente plus aisée, même en désescalade et enfin, le repas au soleil bien mérité : 14 h je suis à jeun. Le restant de l'arête qui se redresse brutalement vers les falaises m'attendra pour une autre visite.


C'est quand même effilé






Vue prise depuis l'arête, la partie à poursuivre


Ou prise d'en bas


La belle vie au soleil d'hiver dans le sud

Mais cette route qui mène au col de St Louis, modeste avec ses 709 m, la D9 qui va me conduire à Bugarach est pleine de mystères. D'abord elle est belle, taillée en corniche à flanc de falaises calcaires, étayée de murs et garde fous à l'ancienne, toute en virages et en déclivité (10%), Le paysage est escarpé, calcaire, envahi de la végétation typiquement méditerranéenne, bonheur d'un botaniste.

C'est - et je l'ignorais jusqu'à aujourd'hui - l'ancien axe routier Perpignan Bayonne, avant que la route Perpignan Quillan par le défilé de Pierrelys (Quillan) ne soit ouverte en 1855.


Route du défilé de Pierrelys

Dans un futur article je vous parlerai de cette route car des évènements et anecdotes épiques s'y succédèrent et méritent d'être contés en surimpression d'images originales.

Pour la petite histoire, j'appends à mon retour, à la faveur de quelques fouilles sur le net, que ma fenêtre du cheval porte un nom surprenant : la fenêtre des voleurs.

Des voleurs ? Mais oui; cet ancien axe routier de grande importance, Perpignan Bayonne, très escarpé donc très difficile pour la circulation des marchandises et voyageurs était prisé des bandits de grands chemins. 


Dessin emprunté au site du Musée virtuel de Caudiès
La diligence


Alors ces détrousseurs se perchaient sur l'arête et par la fenêtre, suivaient les mouvements sur la route. Au moment le plus opportun, ils dévalaient le talus rocheux et, surgis du ciel, n'ayant rien d'angélique, ils détroussaient les malheureux voyageurs. Longtemps on crut à une légende mais il est bien exact qu'au 17 eme siècle, les Consuls de Caudiès créèrent une milice locale (5 octobre 1681,habitants du cru) pour poursuivre et arrêter les voleurs, voire les abattre, puisqu'ils étaient armés et percevaient 10 sols par jour "pour la dépense et leurs munitions de guerre".


Photo prise par drone, empruntée au site du Musée virtuel de Caudiès


 Il paraît que cela eut un effet salutaire sur les détrousseurs....

Heureusement j'arrivai sur le site un 22 janvier 2022...je ne risquais plus rien...



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