mardi 4 septembre 2018

Le Passet au présent

Au présent, le Passet est un présent.
Au sens de cadeau veux-je dire.
C'est juste un petit lac de barrage, lové entre des montagnes. Tout au bout du département des Pyrénées Orientales. A Porté Puymorens. Un lac pas grand et peu profond.












Un miroir où se reflètent ciel, montagnes, nuages et forêts.




Un lieu prisé des pêcheurs et des touristes.


Un lieu fréquenté par les animaux. Hormis les truites, les vaches, chevaux et canards y trouvent leur bonheur.






Les familles s'y prélassent,les pêcheurs s'adonnent à leur immobile sport et les plus audacieux traversent le lac  d'un coup d'aile, à tyrolienne.





Je m'y adonne aux joies de la varappe, sur les falaises de pierre rougeâtre, hors du regard des vacanciers, et j'y passe de magiques nuits dans le silence immense des montagnes, porte ouverte sur les étoiles.


Du haut des falaises

Le Passet est un présent au quotidien.
Ses lumières, ombres et couleurs s'y mirent sans arrêt. Sa surface lisse comme un miroir se ride au moindre souffle d'air et les arbres frissonnent sur la surface plus assidûment qu'ils ne le font dans l'air.

Miroir impressionniste

Un torrent se jette dans le lac, le Carol, discrètement, il faut l'avouer. Il s'en échappe au barrage en plongeant dans le vide. Ce sont les seuls bruits des nuits calmes.

Miroir du ciel

Il y a les soirs de brume au Passet. De longues langues de brume qui coiffent les montagnes, descendent et remontent comme au rythme d'improbables marées et s'en vont parfois rejoindre les fumées, mêlant leurs chevelures et leurs parfums. C'est beau, c'est fugace.








Les derniers rayons du soleil mettront le feu aux Coll Roig qui jamais ne porteront aussi bien leur nom.

Les Coll Roig

Le soir descend sur le Passet, les feux s'allument, les joies du repas en plein air s'éveillent. Les vaches et chevaux donnent de la sonnaille, ils sont envahissants parfois. Puis le calme descend avec la nuit, une ou autre sonnaille vibre encore et s'éteint, le lac appartient aux derniers pêcheurs silencieux et aux truites enfin soulagées.






 La nuit s'installe, et c'est le silence. Sur un lac bleu nuit.


Porte ouverte sur la nuit, j'écoute ...rien...pas un bruit...pas une lumière pour trouer l'obscurité. Noir d'encre et ciel étoilé. Plus tard viendra la lune blanchir la nuit et enfin l'aube sera là, silencieuse, froide déjà, bleutée, laiteuse. Un oiseau de nuit hululera longuement avant de s'endormir, le jour s'éveillera et les premiers oiseaux le fêteront.
Nuit près du lac

Enfin le soleil rougira les cimes du Fontfrède...puis peu à peu les crêtes environnantes, le Passet virera du bleu nuit au vert amande.


Lever de soleil sur le Fontfrède
 Un jour nouveau pourra enfin commencer..
Le Passet est mon présent.
Il fera partie dorénavant de mon futur.






lundi 16 juillet 2018

Une nuit en cabane

Bien sûr vous l'aurez compris ma cabane n'était pas la taule 
même si elle pouvait être en tôle comme on en rencontre 
dans le Massif du Carlit.
Elle n'était pas non plus au Canada mais à Coume Joan, une petite prairie de montagne, à 2040 m d'altitude, posée sur un tapis d'herbe verte, les pieds presque dans l'eau.


Elle réunissait tous les éléments que j'aime : des tas de rochers sur lesquels aller faire un peu de voltige et de l'eau facétieuse car elle vient presque de nulle part. Descendue en cascade des flancs bien raides de la montagne, elle s'enfouit sous le sol sitôt touché terre et réapparaît, malicieuse et glacée, près de la cabane, en cascadant à souhait.




Elle réunissait aussi des ingrédients afférents aux cabanes de montagne peu utilisées que je vais vous présenter.
Mais surtout c'était pour moi une première : JAMAIS je n'avais voulu dormir en refuge au milieu des autres, dans le bruit, la promiscuité, enfin, je leur préférais de loin la solitude de mes cabanons, kangoo ou camion.
Cependant, pour franchir le pas, il me fallait une motivation: envisager une randonnée plus lointaine que celles qu'on peut faire à la journée. Je commençais à y songer depuis quelques mois. La rencontre avec Marcel fut déterminante : si je ne randonne qu'à la journée, lui le fait rarement et opte pour la nuit en cabane. Je me laissai convaincre.

Donc, après 2 heures de marche en forêt lourdement chargés, je découvris le lieu de villégiature. Je l'avais rencontrée par le passé, avec Camille, mais nous n'avions fait que passer, sans pousser la porte.





C'est une bâtisse de pierre, aux murs sombres et épais, partagée en deux pièces, chacune ayant sa cheminée. Dans la plus grande pièce, une table rustique, des bancs qui n'ont de banc que le nom, un petit garde manger à moustiquaire, et des objets hétéroclites posés là par les habitants occasionnels, comme on en rencontre dans chaque cabane. Avec l'inévitable réserve de bois bien au sec. Certaines cabanes sont dotées d'un petit poêle de faïence. Ici c'est cheminée au tirage exceptionnel.
Le plafond est neuf et le toit d'ardoise aussi, évidemment.



La nappe date de plusieurs années

En 1er plan une assiette improvisée
une lauze, ça ne manque pas dans le coin
Dans cette cabane il n'y a pas de bats flancs, juste des couvertures posées à terre, figurant de sommaires et inconfortables matelas. C'est poussiéreux et sombre à souhait sitôt fermée la porte mais on est en été, et la lueur du jour sera là longtemps. Je crois que je dormirai avant que ne vienne la nuit. Malgré le fouillis et l'absence de propreté. Faut laisser "en bas" certains concepts !

Dortoir inconfortable 

Le garde manger

J'ai fabriqué une fourchette pour la grillade


Devant la fenêtre, un grand banc de pierre permet de contempler...on y verrait bien trois ou quatre bergers assis, surveillant leurs troupeaux. Ici, de troupeau il n'y a que celui formé par ces énormes blocs de pierre.



C'est amusant une première soirée en cabane.
Prendre possession des lieux sans trop toucher à quoi que ce soit, on est de passage.
Et souscrire à la corvée de bois, qui est assez plaisante.
Quand les premières gouttes de pluie arrivent, le feu brûle rondement, répandant une douce chaleur. D'autres marcheurs arrivent et font de même à l'autre cheminée. Chacun sa flamme !

C'est l'heure de l'apéro, on a pensé à tout et en regardant brûler le feu et tomber la douce averse tiède, on savoure le vin blanc et ce qui l'accompagne.



Apéro !

En bavardant.
Marcel m'apprend comment s'organiser pour demain : alléger le sac un maximum, et reprendre les affaires au retour. On consulte la carte, on bavarde avec les voisins, enfin c'est léger, convivial et amusant pour moi. Pour les voisins, demain, c'est pêche à l'étang du Lanoux.
Je redoute l'inconfort du lit : dormir sur une natte quasi à même le ciment, comment vais je en sortir le lendemain ?

La viande cuit sur le gril, saucisse catalane et côtes d'agneau. Grillées au bois de pin, leur saveur est différente, moins goûteuse trouvai-je. Mais c'est rustique .






Un cinquième randonneur arrive : lui c'est tente de camping, sur trois jours, demain il grimpe au Carlit...de bonnes jambes sont nécessaires pour ce périple. Echanger avec les voisins est toujours intéressant...à notre manière nous sommes des gens du voyage !





On s'attarde à table, il n'y a pas grand chose à faire.
On ranime le feu pour voir danser la flamme.

Marcel voudrait m'entraîner dans une balade nocturne. Cela me plairait assez mais je suis déjà enfouie dans ma couette, perdant par moments conscience des mots, du temps, du chant du ruisseau et même des dernières lueurs du jour ; je dors déjà. Malgré l'inconfort.
Ce sera la douleur de l'inconfort qui me réveillera quelquefois dans la nuit mais finalement, même si je ne ferais pas cela souvent, j'ai aimé passer une nuit en cabane. Avec, traversant à peine les murs épais le chant de l'eau qui cascade.
Il doit y avoir un reste d'enfance qui sommeille en chacun de nous....En moi il en reste décidément beaucoup .


21  h 27


21 h 28
On est en zone inondable !
Récit de la randonnée aux Pics de Coll Roig ici (clic)





vendredi 6 juillet 2018

Une histoire d'eaux : Els Aiguaneix du Puigmal

(En complément de mon article "Le Puigmal et ses voisins" (blog des balades de lison)

Ce mot, Aiguaneix, qui est un lieu dit de la montagne , en bordure de la rivière d' Err, en Pyrénées Orientales, signifie la naissance des eaux. En fait ces montagnes frontalières sont émaillées de sources , ainsi on trouve de l'autre côté de la frontière, près du sanctuaire de Nuria, le lieu nommé "Neufonts", les neuf fontaines. Le jour où j'y randonnai, je comptai en effet neuf sources,lesquelles donnaient naissance à un torrent, le ruisseau de Neufonts (9 fontaines).
Les Pyrénées, ici, en Cerdagne  espagnole (catalane) ou française, sont un réservoir d'eau et ces eaux sourdent de toutes les façons possibles et imaginables : de parois rocheuses, du sol, à gros bouillons, sous forme d'un fin filet. En résurgences ou en exurgences, parfois dans des sols fortement teintés d'oxydes de fer fauves, ou bien dans du calcaire. La vie bouillonnante du sous sol a de quoi intriguer. Peut être qu'en s'allongeant sur le sol, oreille contre terre, cette vie souterraine nous parlerait-elle ?

Quand on lit le professeur Salvayre, cette vie nous est un peu contée, du moins ce que notre faible culture géologique peut nous amener à comprendre. Ainsi dans ces montagnes du Puigmal, face nord ou sud, des poches de relief calcaire , perdues dans ces schistes fauves, induiraient ces phénomènes de relief karstique et feraient ces naissances ou pertes d'eau, venues ou allant dans des petits gouffres souterrains...tout un poème. géologique certes, mais la géologie est très poétique.

Ainsi sont les Aiguaneix d' Err.
Le chemin de retour de ma rando au Puigmal se déroula dans une vaste combe sèche, dénudée, rocailleuse à souhait, revêtue du fauve des schistes. Pas une goutte d'eau: quand on y randonne, il faut avoir une gourde bien remplie. Le soleil peut être brûlant et le sol aussi.

J'attends avec impatience de croiser la route liquide qui va accompagner mon chemin.
A la côte 2400, soit 200 m en dessous du col, soudain avec les premières fleurs (et pour cause), le chant de l'eau remplace le tintement des pierres et les pas sur le sentier. La vie est là.
Comme c'est beau ! On dirait ces récits paradisiaques..il faut avoir marché dans un paysage lunaire toute la journée pour apprécier cette oasis soudaine, bien qu'à ras du sol. Pour les arbres, il faudra attendre encore.
En images :

Vue générale vers l'aval: bien avant la source

Au niveau de la source, vue vers l'amont : un désert



Naissance de l'eau glacée dans la roche et la mousse


Très vite un torrent est formé , en un ou deux mètres.

 La source principale est vite enrichie en eau par des "griffons" sources adjacentes situées dans le lit de la rivière su sur les rives, ce qui fait que de façon, spectaculaire la source, en quelques mètres devient  torrent impétueux.

un griffon : autre source
Un autre griffon; beaucoup sont dans le lit du torrent






Impétueux torrent d'eau très fraîche et pure

Les habitants des lieux : l'eau, c'est la vie


Couleurs : le bleu, le vert, le jaune et le fuschia


Versants contrastés dans la vallée étroite: la rivière est ici à 300 m
de sa source (partie gauche de la photo)

Rive gauche, à gauche sur la photo, des traces humides attirent mon regard : il s'agit d'une source qui jaillit, bien drue et se perd tout de suite aspirée par le sol. Elle ressort plus loin sans doute dans le cours d'eau, puisque je ne vois plus rien .


Un affluent étonnant, qui ne rejoindra la rivière
 qu'en cachette


La rivière et son étonnant affluent: à 471 m de la source


Rocher de fer


Très grossie par les eaux souterraines


Près de la station de captage : à 700 m de la source


La station de captage du village d' Err

 Ensuite la rivière continue son cours peu paisible, grossie par quelques torrents dont celui de la Coma Dolça à qui je rendrai prochainement visite et qui naît sans doute de le même manière, vite grossi. Il n'est qu'à regarder la carte pour voir l'extraordinaire réservoir qu'est ce désert minéral.

Ruisseau de Coma Dolça