mercredi 18 octobre 2017

C'était en septembre...en Pays de Sault

Mon blog "Les balades de Lison" raconte le Pays de Sault donc je conterai juste la balade avec "grand chat" : Mathurin, mon unique compagnon de ce jour là.

Ce jour là je fêtais mes 67 ans et allai les fêter loin de chez moi, en compagnie de mon chat voyageur et de la douleur, ma proche compagne depuis des jours.

J'avais choisi pour ce faire une tranquille vallée du Pays de Sault, celle qui passe juste en son coeur. Et qui est, pourrais je dire, ma "vallée de coeur".
Je l'avais contée au tout début de mes premiers pas de blogueuse. Ici même en un clic.
Dans ce billet de printemps, je contais le fil de l'eau de ce cours d'eau nommé Rebenty qui donne un indéniable goût de Revenez-y.
Pour l'heure nous avons dépassé Marsa  et Joucou, les deux villages de l'aval de la vallée.

Gorges du Rebenty : tunnels de Joucou
La route et les tunnels datent de 1867

Ruine du château d' Able ( 6 eme siècle - détruit en 1572)
Domine la rivière de 300 m et avait un moulin sur la rivière




Le pont dit "romain" qui était le seul passage
 pour relier Joucou à l'amont de la vallée
avant percement de la route et des tunnels

Dans la rivière, avant ce tunnel, à l'aplomb du château
se trouve la ruine du moulin farinier
mentionné déjà en l'an 873. Un pan de mur peu visible

Début septembre c'est encore l'été , la douceur de la moyenne montagne, l'appel des eaux fraîches et vives, le tumulte somptueux des fleurs, disons la débauche de leurs couleurs.
Que cherchais je alors, au coeur de la douleur qui taraudait ma jambe et qui gardait encore les mystères qu'elle a perdus aujourd'hui ? Sans disparaître toutefois pleinement : quel parasite !

Le Rebenty paisible


Je cherchais juste à me délasser, à quitter mon chez moi et ma chambre, à changer mes idées de place faute de changer celle de la douleur.

Mathurin le comprit bien, qui se porta volontaire pour m'accompagner Nina ne voulant pas de ça.
Donc ce grand chat blanc qui louche allègrement allait devenir mon précieux compagnon, attentif et discret.

Le Rebenty, cette rivière du coeur du Pays de Sault, je voulais la suivre de plus près, rester au contact de son eau et de sa musique. Belfort sur Rebenty devient mon port d'attache pour la nuit. Je ne vis pas de prime abord la petite aire discrète en bord de rivière mais mon emplacement aussi bien surveillé nous octroya une nuit calme .

Ma chambre à Belfort / Rebenty

Détails  et gros tronc d'arbre, ils étaient deux, très vieux, sciés au pied de la croix.


Mes pas étaient hésitants et souffrants. Ils me permirent toutefois de visiter le village , le matin revenu.
Un petit canal devenu inutile alimentait jadis la scierie toujours en activité : nous sommes au Pays des Sapins. Le canal passe dans le village auquel il donne une touche bucolique  si besoin encore en est...

Presque au départ du canal

Le canal dans le village

La scierie de nos jours

Détail en rue

Au cimetière..poésie

Ancienne fontaine

Belfort croule sous les fleurs


Ensuite je quittai un peu la vallée pour monter sur le plateau : Sault est avant tout un plateau. Rodome est un de ses villages, le style village de France profonde avec ses prairies dans un décor de collines, son clocher pointu, ses fontaines abreuvoirs, et ses petites pommes sauvages. Le Soularac sévère veille de loin.

Le Soularac : 2368 m, en Ariège



Rodome : pays de Sault, Aude

La nouvelle église de Rodome 

Le nouveau clocher et l'ancienne église

Une rue  : Rodome

Petites pommes acides (car vertes) et délicieuses
d'un des pays de la pomme




Abreuvoir à Rodome


Rodome : cimetière et ancienne église

L'arrachage des pommes de terre débutait sur le plateau et je guidai mon camion au village de Galinargues, proche de Rodome où tout semblait figé sauf la bergère qui poursuivait son troupeau rebelle.Les chèvres ne sont pas de paisibles moutons. Elle en faisait les frais avec son pas coursé.

Deux bergères et leur troupeau de caprins



Galinargues


Je ramenai avec plus de facilité mes roues et mon chat en bord de Rebenty où après quelques pas hésitants dans l'eau trop froide, je m'accordai un chaleureux repas. Anniversaire oblige, mon chat en profita; après quoi un triathlon allait de soi. Pour chat, s'entend : marche, course et escalade furent aussi bien appréciées, pour preuve, grognements et coups de dents au retour au camion.


Apéro de chat


Sport de chat



Course féline
Digestif de guêpe


Une sieste au chaud arrangea tout le monde (lui et moi) avant que de pousser à Niort (de Sault celui ci) discret, posé en fond de vallée et tout en long.
Sieste après le sport



D'un côté un Rebenty sage et canalisé, de l'autre quelques fontaines en folie.

Niort de Sault (Aude)






















Serge, rencontré ici était prolixe : il m'emmena visiter le cimetière où les morts devinrent fort vivants sous sa verve, de par leur histoire, puis le village et ses maisons closes (au sens littéral du terme) avant que de me présenter les arbres environnants que je connaissais toutefois, et de m'inviter là où je ne pourrai aller: la transhumance des vaches fin octobre.
Mais il y aura encore des octobre et toujours des vaches transhumantes, si je suis encore là.


D'hier...

Un art que j'aime beaucoup








































Allez Mathu, c'est beau tout ça mais il y a de la route !

Je baisse la tête

Où tu m'emmènes dis ?

Enfin je peux me reposer

Sur mon autre blog : "Les balades de Lison" un autre article sur le Pays de Sault  en un clic

mercredi 23 août 2017

La douleur...

Préambule : ce texte a été écrit alors que la douleur avait déjà commencé son reflux, sinon je n'aurais pu l'écrire, concentrée que j'étais sur elle. Ecrit entre 3 h et 4 h du matin, les photos sont celles de mon décor à ce moment là.
3 h 30 du matin : ma table d'écriture

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La Douleur : une heure auparavant, on ne la connaît pas. Du moins celle là. Celle qui va entrer sans frapper à la porte de notre corps, s'installer, se lover et ne plus vouloir s'en aller. Insidieuse, sournoise et hypocrite, elle va choisir le lieu où on ne l'attend pas et on entre dans un autre monde, Terra Icognita dont l'exploration pourrait être  merveilleuse, fabuleuse, dont l'exploration vire au cauchemar. Mais donne une sacrée leçon de vie et d'humilité. Qui m'a beaucoup apporté.




Les  douleurs, on connaît, la vie nous en a octroyé de ces vilaines compagnes qu'on a toujours apprivoisées, toujours pourchassées. Des céphalées chroniques, des rhumatismes, lancinants, des violences, uniques, celles de l'enfantement, des invalidantes, éphémères courbatures d'efforts trop violents. Et tant d'autres, la liste est longue, l'âge venant. On les a accueillies par force, on les a chassées avec force.
Et puis, sans prévenir, en voilà une d'inconnue, mais pas la moindre. La Douleur N°1 de tous les classements: en force, en intensité,  en durée.
Point n'est de mots pour la classer.
Point n'est de maux pour la surpasser.
Point ne sont d'outils pour l'extirper.



Lumière tamisée avec la jolie écharpe d' Annie
Elle est arrivée sans crier gare à la veille du week end, cette inconnue qui soudain m'a habitée, m'a terrassée. Une douleur dans la hanche d'abord, après entorse et lumbago rondement soignés. La douleur de l'entorse, d'abord,  qui vrille la cheville et vous fait parcourir les dents serrées le boyau du canyon, tâche malaisée car on ne voit pas où on pose le pied. Le canyon devient puits de galérien, boyau de souffrance dont on peine à s'extraire. Quant à la route à parcourir pour rentrer chez soi, elle devient prolongement du canyon. D'insupportable, elle deviendra dérisoire quand l'autre, la vraie douleur sera là.
Bientôt c'est le lumbago qui la relaie, à près de 200 km de chez soi, cette souffrance-là, on la connaît. Elle fut notre compagne par le passé, elle revient parfois nous visiter, étau qui nous enserre. On en connaît les affres, on en connaît les désastres. Vingt minutes pour sortir du lit, se redresser enfin et se fracasser, évanouie, au sol. Faire quelques pas : le chaos, au dedans de soi, le chaos au dehors de soi. Le bon geste pensé, repensé avant que de l'accomplir, les petits pas appuyée sur un bâton, les escaliers, marche par marche.Jusqu'à l'ostéopathe qui dans un dernier cri vous en délivre.

Quiétude dans la nuit d'été

Mais celle là, la dernière, on vous l'eût contée, on me l'a contée, mon frère en fut la victime écartelée, celle là on ne peut l'imaginer.

Nina endormie
Tableau d' Armand Isalgué


Elle arrive, dans une hanche, digne rescapée du lumbago, digne précurseur peut être de l'hernie discale. Curieuse, elle tâte de la hanche qu'elle malmène au détriment de votre paix tout juste retrouvée et trace son chemin pas à pas dans la cuisse qu'elle durcit et malmène, gagnant en méchanceté, la faisant protester et crier. Enfin elle s'installe dans le genou qui lui va, l'enserre dans un étau et y fait son nid. Hébétée, on attend la suite. La fête peut alors commencer.

Mathurin

Rester au lit ? Oui mais dans quelle immobile posture ? Sortir du lit ? C'est se jeter dans l'abîme. Un pas en avant ? Oui mais comment ? Pensé et repensé, il vous arrache un cri sauvage, des larmes comme à un enfant....et le suivant....La canne sur laquelle vous vous appuyez plie et ploie. Vous haletez comme un chien fou, comme une parturiente. Avant que de vous effondrer, harassée au bout de quelques mètres. Lire, manger, dormir, écrire ? Même pas y songer...Vous allez chez le kiné ? Vous regardez avec effroi la rue à traverser, d'une traite, courbée, affalée, sous l'oeil des passants curieux, indifférents, agacés ou étonnés. La mobilité, vous l'avez, intacte, c'est rageant. La Douleur l'a dévorée. En larmes de souffrance et soulagement mêlés vous vous effondrez sur le comptoir du kiné atterré. Le verdict est sans appel : cruralgie. Le soin espéré ? Même pas la peine d'y songer. Chemin à l'envers...
Les "bessons" : Blizzard et Syrah

La Douleur, elle est physique, c'est une violence faite à votre corps et vous n'y pouvez rien changer. Ce corps que vous avez fait danser avec insolence sur les cimes, les crêtes, les sentiers, les parois rocheuses, les 3000 m, avec aisance, avec bonheur, endurance et légèreté, il ne vous appartient plus, il est tout entier à la douleur.
Ne jamais la perdre de vue 


Les arêtes, sommets, sentiers et falaises, les 3000 m ils sont en votre chambre, en votre lit, en vos escaliers. Ils n'iront pas plus loin que votre jardin. Ailleurs, c'est l' Everest, les 8000 sans oxygène. L'oxygène il vous manque, vous vous obligez à respirer calmement. La douleur crée l'apnée, la perte d'équilibre, la progression dans le brouillard et la tempête; ils sont en vous, autour de vous. Une posture vous va ? Vous y jetez l'ancre dans cette mer déchaînée. La Douleur est un sport à nul autre pareil. Elle vous glace, vous fait grelotter  aux 40° de l' été, elle vous fait voir décoloré un paysage flamboyant.

Bertille à sa toilette


Et puis il y a le reste! Qui s'ajoute . Les indifférents que vous avez aidés et qui vous lancent un regard narquois, à vous la forte, l'invincible, celle"qui sait tout faire et n'a besoin de personne".  Les attentifs, proches voisins ou plus lointains, navrés qui n'ont qu'un souhait vous aider et réchauffent votre coeur: leur sollicitude est infinie.
La solitude, infinie, celle que vous cultiviez vous fait voir soudain votre avenir comme un désert où vous allez vous perdre et mourir. Seule dans une vaste maison avec 7 chats : COMMENT ON FAIT ?
Il y a la main tendue du proche ami sur qui on peut compter, du frère qui sait ce que c'est et qui en est sorti ce qui fait briller d'espoir vos yeux mouillés.
Il y a les appels quotidiens ou plus de l' Amie fidèle et réconfortante, Colette, qui sait, qui l'a vécu et en pire. Je t'aime Colette.

Nina encore


Il y a les reproches maternels, coup de massue s'il en est. Mais comment ? On a besoin de vous et vous osez ?? Car la coulpe en est à vous et à vous seule d'avoir convié cet hôte malfaisant . On vous somme de vous remettre , et vite. Parce qu'avec vingt ans de plus on a la même chose (en pire) et donc vous n'avez pas respecté l'ordre ni le temps. Et en plus vous l'avez cherché avec vos activités et vos montagnes, votre inconséquence et votre égoïsme.

La nuit touche à sa fin
Le ronron des chats et celui de la machine à vendanger
plus loin dans les vignes
Tableau de Claude Gibrat


Il y a enfin, au bout de ce tunnel en feu les médicaments qui vous assomment, vous font confondre mots et phrases mais vont doucement à la rencontre de la souffrance et la font reculer, comme vous avez avancé, à petits pas hésitants.

Et vous laissent épuisée et ravie face à un chemin qui dépassera bientôt votre terrasse, votre jardin.


Le décor sortira bientôt de sa prison et la montagne me réouvrira ses bras
Port Vendres emprisonné dans un verre de vin blanc


Post Sriptum :

Je dédie ce billet à tous ceux qui souffrent très fort, au monde desquels j'ai brièvement abordé (douleur, handicap, souffrances morales) mais qui m'a donné une sacrée leçon de vie , d'humilité et une incommensurable terreur. A redonner au temps une dimension que je ne lui connaissais pas.
Ce billet est juste destiné à exorciser tout cela, pas me mettre en valeur . Mais je sais et même si je le dis souvent, cette fois j'y ai touché : tout peut basculer en un instant.