mercredi 17 juillet 2019

Le hameau de L...... en Hérault (34)


Dans le hameau - ou le village - de L...en Hérault, je rencontrai une Dame et son chien. Un chien très accueillant, quoique très mouillé, rêvant de s'ébrouer devinez sur qui ? Ce fut chose faite et rondement menée..

La Dame, robe légère et longue, cheveux retroussés en anarchique chignon, un panier à la main, répondit à mon bonjour et même à ma question concernant le four. Pas pour le reste, elle n'était ici que depuis un an. A ma suivante question, davantage une assertion, elle ajouta : " C'est un choix que de ne pas faire connaître L...et de n'y attirer personne. On y est si tranquilles…Quand on fait une fête, c’est entre nous, gens des hameaux. C’est le prix de notre tranquillité »…
Donc, par souci de discrétion je ne citerai pas le nom.
Toutefois, je me dis que les gens qui y vivent ont été contents, un jour, de le trouver accueillant au point de vouloir y faire leur nid ; nid qu’ils défendent aujourd’hui farouchement, repoussant le moindre intrus. Oubliant qu’ils le furent un jour, eux qui sont hollandais, anglais ou français avec un accent venu d’ailleurs.
Toutefois, à eux l’honneur de sauver de la ruine ce hameau, ces maisons et ces jardins abandonnés ou ruinés. Cela reste un questionnement récurrent, auquel chacun a sa réponse.
Il reste au moins un habitant du cru ici, l’Historien du village, 90 ans, je n’aurai pas le plaisir de le rencontrer. Il se terre dans ses murs à l'abri de la chaleur épaisse


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Donc en ce dimanche dernier, je venais de longer sans m’arrêter Roquebrun sur Orb, un magnifique village très touristique, étagé à flanc de collines et les pieds dans l’eau. Avec un éventail de vignes à ses pieds, de l'autre côté du fleuve. Une armée de canoës glissait sur le fleuve, les terrasses ombragées faisaient le plein et si, par le passé, j’ai bien visité ce village, ce fut en saison plus calme. Qu’il doit être beau par une nuit de pluie ! Je passai mon chemin, le fleuve m’attirait, j’irai le chercher plus loin.


Roquebrun sur Orb




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L…est un fait du hasard, un panneau l’indique et me voici sur une route très étroite, très sinueuse qui s’enfonce au cœur des collines . Des anciennes carrières de marbre, interdites aux grimpeurs, ont ma visite. J’apprendrai qu’elles furent de marbre incarnat, se cachant sous une peau rugueuse et marron due à l'oxydation , exploitées au 17 eme siècle par des italiens qui trouvaient ce marbre plus beau que le marbre italien et qu’elles eurent même la prétention de supplanter celui de Caunes Minervois.

Une des carrières

Le mur qui fut rouge

Détails et inclusions

Je continue mon sinueux chemin et soudain, au détour d’un virage, nichées dans la verdure, un groupe de maisons altières, imposantes et délabrées m’indiquèrent le terminus : j’étais à L…


Une rivière mince passait sous un pont majestueux à 4 arches , je posai ma voiture au parking et m’en allai à la rencontre d’un petit paradis qui, je le comprends, put séduire les gens venus d’ailleurs.



Imaginez des ruelles qui n’en sont pas : sentiers, escaliers, passages couverts et même un ravin cimenté.  Tous très escarpés car étagés sur une pente ardue. Imaginez des frondaisons immenses recouvrant les maisons, imaginez des cours ombragées où l’on boit le thé en parlant anglais, des voûtes, des arches, et des pierres, des pierres partout, sur les toits, les murs, les rues et même au plafond des passages couverts.
Des arbres, des fleurs, des lianes, un couvert végétal filtrant la lumière et enveloppant d’un voile vert votre balade..











Voici le très ancien four à pain, four majestueux, dont le toit enjambe la rue, dont la porte est faite d’une lourde pierre cerclée de fer, porte que l’on ouvre sur un antre noir que la lumière du flash va réveiller un court instant, photo surprise. On croirait un court instant sentir l'odeur de la croûte, de la mie chaleureuse du temps d'antan. 


Intérieur du four

La porte du four

Et puis le chant des cigales par-dessus tout ce décor.
Imaginez et si vous le trouvez, certes pas sur votre route, c’est une impasse, mais au hasard de votre curiosité, prenez le temps de vous y promener, d’user vos mollets dans les sévères grimpes et savourez…






Lorsque je revins à ma voiture, garée près du pont aux quatre arches, je descendis à la rivière, filet d’eau chantonnant et étroit.





 Le passé parla du temps où le pont n’existait pas, ou un chemin pavé, passant à gué reliait le village à la vallée ; les jardins en ruine ou non, racontent la domestication de l’eau, l’occupation minutieuse et vivrière des lieux, les fruitiers qui s’étageaient au fil de l’eau et soudain incongru et poétique, dans ce hameau où l’on ne veut attirer personne, un panneau m’invita…Je n’entrai pas…Et pourtant j’aurais pu…

Mais si vous manquez ce hameau, il en est d'autres, en Hérault, tout aussi charmants, poétiques et surprenants, je me souviens en avoir parcourus quelques uns au temps de mes anciens vagabondages. Dans ces derniers, il y a toujours un hameau oublié qui me tend ses bras ruinés mais vivants, vivants de cette nouvelle vie que leur donne leur condition de ruine dans la lumière glauque de la végétation qui les envahit.





lundi 18 mars 2019

Balade nocturne à Jujols

Me revoilà sur mon perchoir, exactement à la même place (normal, j'avais réservé :-)) à l'heure où le soleil dore juste les sommets et où la lune, curieuse et à moitié pleine (ou vide, c'est selon..) attend de pouvoir le remplacer. Nina est du voyage pour son grand bonheur !


Mon décor

A l'heure du dernier rayon



Nina irait-elle hululer à la lune ?
 J'ai lu, bien au chaud dans mon camion, en compagnie de Nina, il fait un peu frais ce samedi. Je regarde tomber le soir dans un délice de teintes bleutées et orangées, les oiseaux sont moins enchantés que samedi dernier, le temps est changé. Deux moineaux viennent narguer Nina aux portes du camion, c'est de très mauvais aloi ! D'autant que je tiens la laisse fermement.





Puis la nuit s'installe, les lumières de villages clignotent tout en bas, c'est l'heure de Jujols by night.



Je ne peux dire qu'il n'y a pas un chat : un gros matou noir et blanc vient ronronner dans mes jambes, mais une "écaille de tortue", sur un muret, s'enfuit, le Diable aux trousses.
Un normand regagne son gîte, il est venu faire son trou ici pendant une semaine.
Quant à l'Homme de Fer, gentiment assis, il va passer la nuit ici.

Ensuite c'est le silence qui s'installe, il y a juste mes pas sur les lauzes de schiste et le chant de l'eau dans les ruisseaux.

























Quelques fenêtres éclairées dévoilent un peu d'intimité : une atmosphère , un dîner, de la déco ou une soirée télé, jambes couvertes par un plaid. Je reste discrète .


C'est fou ce qu'on voit de choses, la nuit, à la lumière chiche de gros réverbères.
Un ruisseau qui brille, des fours à pain qui modèlent leur silhouette ventrue d'ombre et de lumière, l'inégalité des pavés, un toit sur lequel je pose ma main en guise de rampe. Des zones sombres et d'autres luisantes de lumière. dans un silence parfait. Il n'y a même pas le parfum d'un feu de bois...








Des fours à pain ventrus



Des toits à portée de main

La lune blafarde par dessus les toits

Je m'attarde, mais Jujols est si petit....



Un oiseau de nuit hulule, Nina écoute, ouvre grands yeux et oreilles sur ce qu'elle ne voit ni entend, en bas, là bas, chez nous.

Alors je laisse se refermer les portes de la nuit sur Jujols endormi, les lumières bientôt s'éteindront, la cloche se taira, demain sera un autre jour. Demain ma rando commencera ici, aux portes de la vie.


Une des portes de Jujols, aux confins du village

Détails

Détails

jeudi 14 mars 2019

Une nuit à Jujols

Jujols est un tout petit village perché, à 950 m d'altitude, rive gauche de la Têt, dans la soulane du Conflent, au même titre que Llar, Canaveilles et, plus loin, Sauto. Près d' Olette d'où partent les 5 km qui y conduisent. Une très grande commune de 1100 hectares, quasi toutes en terrains boisés et accidentés, allant de la Têt (570 m alt)  au Mont Coronat, (2163 m alt),  mais très peu peuplée, 4.5 habitants / km2; le village compte 45 habitants.


Vue depuis 1200 m, le paysage environnant et Jujols, milieu tout à gauche
Et lui, face au village



On ne passe pas à Jujols, on y va sinon rien, car le village est en bout de 5 km de route étroite et sinueuse, bordée de schistes noirs, comme fumés la veille !


D'en bas on ne voit pas Jujols, ni même pendant la montée, on voit Jujols quand on y a "le nez dessus". A l'inverse de Sauto, Canaveilles ou Llar, situés de la même manière;  Jujols vit caché.



Par contre l'église est curieuse et pointe depuis plus de 10 siècles son nez sur le vide vertigineux au fond duquel coule la Têt.

Haut perchée, l'église


Coup de zoom

 Elle écoute la Têt. Et aussi la 116 qu'elle a vu se construire, fin 19 eme siècle, et le petit Train Jaune, début 20 eme. Elle les a regardés, écoutés, surveillés, elle s'y est habituée.
Eglise Ste Baselisse (Baselice) et St Julien réunis.

Train jaune au fond de la vallée








Le Canigou et tous les sommets voisins jusqu'au Cambre d' Ase , elle les regarde: eux l'ont vue s'édifier.  Au delà elle ne voit plus rien.
Sur les pentes d'en face, de l'autre côté de la Têt, la vue est étendue : Escaro, Vernet les Bains, Souanyas, Marians et j'en passe....La nuit tous ces villages font un chapelet de lumières clignotantes. Jujols, plongé dans le noir,  en profite et j'en ai profité aussi car j'ai passé une nuit à Jujols.



 Les visiteurs découvrent en cette église un très bel édifice classé Monument Historique mais avec un peu de chance, ils y arriveront comme je le fis un lointain jour voilà 10 ans, en un après midi, le seul moment d'ouverture de la mairie. Et s'ils demandent la clef, ils auront la chance d'en voir l'intérieur, et le son et lumière, et la statuaire...oh je n'en dirai pas davantage...

Semi enterrée côté nord

L'église, face nord, est semi enterrée, face sud elle s'offre au soleil, flanquée de deux très vieux cyprès qui pleurent des larmes de sang.



Les larmes du cyprès
 Le petit cimetière attenant est plus qu'un lieu de repos, il y fait bon vivre! Quant à sa porte, ornée des typiques pentures catalanes, issues de cette extraction du fer dans le Conflent qui perdura pendant des siècles, si elle n'est pas la plus belle des portes, elle reste remarquable.

Repos






L'église a une cloche unique qui sonne pendant 12 heures, le reste du temps elle se tait. Comme la nuit s'éteignent les lumières du village, laissant place au ciel immense et à la silhouette sombre des montagnes. Quand on a la chance de dormir comme moi porte ouverte sur la nuit, face au Canigou...c'est le bonheur à l'état pur, c'est le bonheur pur et simple.


Le Canigou et Vernet dans la noire nuit
Partagé avec quelques habitants.
Car des habitants il y en a peu.
Le village est un peu à l'écart, déparé par aucun lotissement, déparé par aucun fil électrique .
Des ruelles étroites, pavées de schiste sombre, des ruelles escaliers, des ruisseaux bondissant le long des murs de schiste sombre, des cheminées imposantes, des gîtes qui sont l'essentiel du peuplement, aucun commerce, café ni restaurant, on n'entre pas en voiture dans le village, on le parcourt à pied, en le dégustant.




Fontaine de la Sainte Famille

 En cette saison, à la tombée du soleil, des bourdons velus s'affairent entre les pierres, par dizaines, afin de construire des nids rouges et operculés: j'ai le privilège de les approcher sans  être ni piquée ni mordue : rare instant !




De la vallée que je contemple, tout en dessinant les montagnes, monte la rumeur des voitures de retour des stations de ski et le roulement du petit train jaune, celui qui monte puis celui qui descend, ils se sont obligatoirement croisés à Olette, .
La vallée vers l'amont: la Têt, la route, la voie du train jaune, paysage du Conflent
Le village est silencieux mais ce soir où j'y réside, il bruisse de catalans expansifs qui, comme les bourdons, éteindront le son à l'heure du tardif repas; de toute façon je dors depuis longtemps, je me suis endormie avec la cloche, porte ouverte sur la nuit noire de ce soir de mars, son silence immense et son ciel merveilleusement étoilé. Le charme de la vie nomade.
Lorsque je quitterai le village , au soleil juste levant, au matin, ce sera le même silence qui m'accompagnera.


Petit matin à Jujols

Matin à Jujols, lever de soleil
Je ne sais pas de quoi vit Jujols, hormis du tourisme; il reste quelques élevages je crois; loin du village.
Dans ma randonnée je découvrirai de quoi vivait Jujols, je frôlerai des pieds, du regard et des mains, les restes de son passé agricole et pastoral, je verrai ces parcelles ou feixes ensevelies sous la végétation, ces bassins d'arrosage comblés par le temps, ces ruisseaux où bondit encore de l'eau qui fut si précieuse, devenue inutile, rendue aux rivières presque à sec. Je verrai ce que seuls (ou presque), les paysans,dont je suis,  peuvent reconnaître les vestiges.


Altitude 1200 m Jujols se dévoile
 De Jujols je ne saurai pas grand chose, même les sources d' Internet demeurent muettes, comme s'il n'y avait rien à dire. Ou tout à cacher. J'apprends simplement que 2 maires se battirent pour l'eau, approvisionnement, captage et pour développer le pastoralisme ovin. Et que après 1979 fut créée la Reserve Naturelle. Loin dans le temps, Jujols est mentionné en 1189, plus tardif que son église. Et que le village fut fortifié.
Il me faudra attendre d'être bien haut, plus tard pour voir se chauffer les maisons noires au soleil chaud de ce jour de mars. Et luire les toits de lauzes qui rappellent que la région n'en est pas pauvre mais que le climat les justifiait bien : autrefois, du temps des hivers neigeux et glacés.
Des marbres griotte qui furent extraits bien haut dans les montagnes, il n'y a pas de témoignages dans le village : un évier de pierre plus pâle, une pierre de sang logée dans un mur devant l'église, peut être la plaque du Souvenir Français, je n'en suis pas sûre, comme si Jujols avait laissé à Serdinya ce qui appartenait à Serdinya : les marbres.

Murette attenante à l'église
Je quitterai Jujols un peu plus riche de quelque chose, un peu frustrée de n'y point rester, mais dans l'attente d'un prochain retour. Très bientôt, pour "une autre nuit à Jujols".


Nuit à Jujols

Sur mon autre blog, les balades de Lison, le marbre griotte du Coronat (clic)