mercredi 3 mars 2021

Llar, sonate au clair de lune

 Llar est un petit village des Pyrénées Orientales dont on ne compte plus les habitants puisque Llar fait partie de Canaveilles, depuis 1821. Alors qu'auparavant, jusqu'en 1793, il appartenait à la paroisse de Thues entre Valls. Jolie errance pour un village immobile. Mais s'ils se comptent entre eux, les résidents à l'année doivent tenir sur les doigts des deux mains. 

Llar et le Cambre d'Ase

Llar est au bout d'une petite route (6 km) partant de Fontpédrouse, accès déjà difficile pour le départ, mais c'est un vrai balcon : la route comme le village. Le village est mieux  que ça: à plus de 1300 m d'altitude c'est un nid d'aigle, enfin un belvédère. 



Je connais Llar et je l'aime, ainsi je vais y passer la nuit.

Llar est mon phare lorsque je randonne en face, sur les versants de la Carança, parce que je le suis des yeux et que je commence à me sentir vraiment en haut quand Llar s'amenuise sous mes yeux. Passé 1300 m.


Coucher de soleil à la Carança, face à mon hôtel

Là j'y suis. Llar a deux églises, Saint André, la jolie petite église aux murs croulants  et aux tombes penchées, loin du village et une seconde église, St André, plus récente et plus sévère mais surveillant les belles montagnes en face, et ce cirque inconnu qui me fascine.

Ancienne église St André (réhabilitée, restaurée) et cimetière

La nouvelle église



Quel cirque !


La célébrité de Llar

A Llar, l'église est le terminus des voitures locales (les autres ont un parking) mais le point de départ du magnifique sentier qui descend sur Thues, en bas dans la vallée. D'autres sentiers passent à Llar, le Vauban, qui croise le canal Sauto / Canaveilles un peu au dessus du village. Llar est tout petit, avec de solides bâtisses de schiste, certaines bien ruinées, d'autres bien restaurées, une rue des trois fontaines qui grimpe dur et en haut...trois fontaines...qui chantent haut et fort.

Ce sont elles et l'eau qui s'en échappe qui accompagnent ma visite de nuit, sous la lune toute ronde. ma grosse lampe n'est pas de trop. 



De mon lit




J'ai quitté mon parking tapissé de pelouse; un oiseau de nuit me fait un bout de chemin, au matin ce sera un pivert qui martèlera mon lever.

J'entre dans Llar sur la pointe des pieds, ne pas me faire remarquer. Quand je suis allée chercher de l'eau, l'accueil d'un résident fut plus glacial que la fontaine, il m'ignora comme si je fusse transparente. Alors je rase les murs sombres de ruelles et escaliers de pelouse, même deux chats me reçoivent inamicalement. C'est rare ça.





La maison d' Antoine Pagès

La lumière est chiche mais donne à toutes ces zones d'ombres, coins et recoins, un air de mystère. Thues clignote 400 m plus bas et la vallée est silencieuse et déserte, c'est couvre feu.

Thuès en bas dans la vallée

Je me faufile partout, de blancs fantômes s'agitent en contrebas, une blanche lessive séchant au vent de la nuit. Entre la pleine lune qui joue avec des nuages, la chouette dans les bois, ces draps blancs, les chats furtifs, il y a de quoi...se régaler à cette atmosphère.





C'est la nuit qu'il faudrait visiter les villages.

Quelques fenêtres mettent une touche de couleur dans tout ce noir et ma lampe aide à illuminer le vert.










Je partirais presque randonner!

Pourtant je regagne sagement mon parking face à la Carança où j'ai vu mourir les dernières couleurs du jour. Qu'est ce que c'est beau ! Silence parfait dans les bois qui m'entourent.

Pas belle la Carança au couchant ?

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PS : Llar ne provient pas du latin Lar - Laris signifiant le foyer mais de Lar -Lare- Laricium, landes. (Comme Llaret, près des Angles) . cf Lluis Basseda, "Toponymie historique de Catalunya nord".

7 commentaires:

  1. Magnifique heureusement le résident s'est gardé son chien ;)

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    1. merci; tu connais Llar ? ferme les yeux pour y monter...la route n'est pas aussi étroite partout quand même, mais enfin si tu veux on y montera à pied, là ça vaut le coup !

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  2. ça fait envie. Ce qui est bien avec toi c'est que tes textes nous embarquent vraiment dans tes aventures. On découvre, on distingue, on admire, on frémit, on sourit, on a froid ou chaud, on a peur parfois.... on est là. Merci Amedine

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    1. Comme quoi la solitaire que je suis ne peut jamais souffrir de solitude !!Tu vas rire mais quand je me balade mes lecteurs m'accompagnent déjà puisque je me dis "tiens ça il faut que je le mette dans le blog". A 2 ans mes grand tantes venaient me chercher pour égayer leurs austères après midi de province dans leur vaste maison familiale aussi sinistre qu'un château fort! Egayer par mes récits et mon verbiage coloré et vivant, j'ai donc encore quelques restes...Bises, à bientôt sur d'autres sentiers, oui je rôde en ce moment

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  3. Une atmosphère empreinte de mystère, un nid d’aigle avec vue sur la magnifique vallée de la Carança, un récit qui tient en haleine et des photos superbes, ça donne envie de découvrir ce village haut perché. Merci pour ce reportage insolite. Bises.

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    1. C’est l’adresse mail de Claude qui s’affiche, encore un mystère...

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  4. Normal, je suis un peu embruixada, alors même les adresses s'en mêlent et s'emmêlent. On peut camper au calme là haut, et même sur la piste avec vue sur Canigou et mer!

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