mercredi 7 octobre 2020

Le chapeau perdu

C'était un petit chapeau de toile brune, sans valeur, presque sans couleur, oublié ou perdu, que je ramassai un jour de juillet sur un passage à gué. J'ai toujours aimé les chapeaux...


A 29 ans déjà...


41 ans plus tard
Arête du Pic Pedrós, 22 Août 2020

Ce jour là il faisait si chaud....Je cherchais une rivière fraîche où tremper ma peau et je l'allai chercher fort loin, dans le département voisin.  Parce que je la savais discrète, effacée, presque oubliée, et en tout cas, sauvage. Alors cela m'allait....

Le Torgan


Y accéder ne fut pas chose aisée mais je découvris un chemin encombré de roseaux et un passage à gué désaffecté. Au dessous coulait une rivière limpide, claire, bruissante, colorée de reflets dorés, sur lesquels se penchaient des branchages étoilés de libellules. C'était beau, paisible, boudé des humains.

 












Et sur le passage à gué trônait un chapeau de toile, oublié sans doute par un pêcheur.

Je n'ai pas pour habitude de ramasser les vêtements oubliés.

Mais lorsque je quittai les lieux, le petit chapeau de toile me supplia : "Ne me laisse pas"...J'entendis son cri silencieux et la peur de sa mort certaine, noyé quand le torrent deviendrait furieux.

Alors j'embarquai le petit chapeau qui fut d'entrée maltraité dans un lave linge. Comme il se devait...


Depuis, le petit chapeau, toujours un peu vieillot et effrangé ne quitte pas mon sac à dos.

Direction les cimes, abîmes, sommets et arêtes.


Ce jour là je trouvai une plume
J'aurais pu orner le chapeau !


Pour un changement de vie, cela en est un ! Et le petit chapeau ne se plaint pas. Il semble même se plaire sur ma tête, le sympathique couvre chef!. Il a avantageusement remplacé l'écharpe turban, envahisseuse dans mon sac. Lui, discret, facile d'accès, il me protège du soleil ardent, il se cache lorsqu'il fait du vent qui le conduirait dans les abîmes, je sais sa peur de l'abandon..


L'écharpe turban, pratique aussi pour se protéger du vent
Le petit chapeau s'envole au gré du vent

Ainsi, tout l'été, le petit chapeau rescapé du passage à gué navigua sur les sommets, et son paysage s'élargit, ses souvenirs aussi.  Désormais, il est l'éternel voyageur sur mon dos ou sur ma tête, se grise au soleil des hauteurs et est fier de sa nouvelle vie, je le sais dans son silence impérieux. 

De retour du 3009 m, petit chapeau aux grands sommets

Si un jour vous croisez son ancien propriétaire, un Audois, je pense, pêcheur de son état, ne lui dites surtout pas que son chapeau s'est exilé dans le département voisin et grimpe désormais sur des sommets et des crêtes effrangées, se grise de vertige et de vide, bien campé sur une tête de femme intrépide et  qui compte bien repiquer l'été prochain.

Ne lui dites pas que fier d'avoir franchi la barre des 3000, il n'entend plus aller taquiner le poisson, fut ce sur les eaux claires du Torgan. Ne lui dites pas....ou alors dites simplement que son vieux chapeau est aimé et heureux....

J'ai toujours aimé les chapeaux, disais-je...



A 29 ans..





2 commentaires:

  1. Une très belle histoire ..et de belles photos souveniy

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai souvent mis des chapeaux pour me rendre au collège , j'adorais les chapeaux.

      Supprimer