Du plus loin que je me souvienne, j'ai une peur panique de quelque chose de tout à fait inoffensif, qui ne pouvait en aucun cas me blesser, me faire du mal, ni même me courir après. Surtout pas me courir après car c'est cela !
Et cela, c'est une plante, l'Euphorbe Characias
Une phobie, cela ne s'explique pas, c'est une peur irraisonnée.
La preuve, il y a plus de 60 ans que cela dure...et cela ne m'a jamais passé, je n'ai pas guéri.
Même si je me raisonne, cela n'a aucun effet.
Croyez que j'ai fait en cet an de grâce 2014 un sérieux progrès : pour la 1ere fois de ma vie, j'ai réussi à en photographier une, la toute première,
à Pégairolles de l' Escalette.

Je visitais le village, à mille lieues de tout - non, ce n'est pas ce que je veux dire -, à mille lieues d'imaginer que le gardien des lieux serait une
Euphorbe.
Un peu mince, un peu moins agressive que les autres, elle n'a suscité qu'un mouvement de recul, pas une fuite et j'ai pris mon courage à deux mains, mon appareil photo dans une main et j'ai OSE faire ce 1er cliché de toute ma carrière.
J'étais très fière de moi.
Il me semblait avoir réglé le problème : enfin !
Que nenni !
Quelques jours plus tard, accompagnant ma mère sur un sentier, je me suis trouvée nez à nez avec un gros buisson d' Euphorbe en fleurs.
Les euphorbes en fleurs, c'est d' avril à juillet de grosses grappes qui dardent leurs centaines d'yeux perçants.
Comme ça , mais en plus grand, en plus inquiétant.
Ce que j'ai fait ? j'ai poussé un cri et pris mes jambes à mon cou.
Ce que je fais depuis que je suis petite.
Ni les moqueries, ni les raisonnements n'ont pu rien pour moi.Jamais.
Incurable.
Certes je n'ai pas consulté un psy...
Alors j'ai essayé autre chose pour vous faire partager ce moment de sueurs froides.
A l'angle de ma vigne se trouve depuis toujours (car ça ne meurt jamais), ce pied que j'épargne : car pour rien au monde je ne blesse, ni ne coupe, ni ne détruis cette plante.
Elle n'y est pour rien et a le droit de vivre.
jamais je n'ai blessé une de ces plantes; de toute façon, pour ce faire, il eut fallu que je m'approchasse de très près ce qui fut toujours matériellement im-pos-si-ble !!!
Quand je sais qu'une plante est là, je me prépare psychologiquement à passer à côté : je prends ma respiration, je ne la regarde surtout pas et je passe le plus vite possible. Avec une sensation de peau qui se glace ou se sèche, de souffle court, que sais je ? je ne fais pas durer le plaisir.
Il y a des lieux qui me sont interdits, à cause de ça, des activités impossibles (chercher des asperges sauvages), des sentiers de randonnée où je suis obligée de faire demi tour.
Une galère.
Celle ci est celle de ma vigne : je l'ai prise précautionneusement au télé, j'ai souffert pour extraire les photos sur l'ordi et je souffre encore à vous les présenter.
Et encore ce pied là, je le cottoie depuis l'an 2000. Il a l'apanage de la familiarité.
Mais même lui, je le croise en tournant la tête.
Parce que même en photo, même sur du papier....j'ai ma phobie collée aux basques...
Ce n'est pas de savoir qu'elle est toxique. Loin de là. de plus, je n'ai peur de rien, dans la vie.
De la témérité je pourrais en vendre ou en louer, il m'en resterait encore.
Le problème ? C'est "les yeux"; ces yeux perçants dardés sur moi, par milliers sur un gros pied
bien gras.
Ils me terrorisent.
Enfant je ne connaissais pas le nom de cette plante, je l'appelais "les yeux".
Craindrais-je à ce point le regard d'autrui sur moi ?...
Qu'en pensez vous ? Et vous, avez vous des phobies ?