dimanche 18 février 2018

Balade "pluviale" en Catalogne



J'avais décidé de randonner au Puigsacalm, un sommet  modeste de 1514 m près d' Olot, en Catalunya, mais perché sur une montagne de caractère ce qui lui conférait du coup un statut particulier.
La météo était affreuse comme toutes les fins de semaine (et pas que...) mais elle promettait du beau ce dimanche 18 février. Une "fenêtre", selon le terme consacré.
Il ne m'en fallait pas plus pour partir. Sous la pluie. Qui ne me lâcha jamais en ce samedi.
Peu m'importait, je m'apprêtais à m'offrir une balade pluviale, parapluie neuf en sus.







La route sous la pluie ? Cela ne me dérange pas, j'aime rouler.

Tunnel de Castelfollit de la Roca A26


Entrée du tunnel

Olot : je traverse la ville et bifurque vers un village qui m'a toujours intriguée par son nom ; Riudaura, rivière d'or ? Une petite rivière sautillante et argentée frôle le village d'un peu plus de 400 habitants, à 572 m d'altitude. Un village de pierres gréseuses, noyé de pluie ce jour, aux confins d'une plaine de terres lourdes et grasses, semées de vertes prairies.




C'est plat comme une vallée glaciaire mais la zone est volcanique , les sommets arrondis, peu visibles sous la brume.

La Vall d' Enbas

Riudaura : j'arpente les rues d'un village de caractère; vieilles maisons, esplanades, murs épais, bâtiments anciens, une drôle d'église , des ouvertures anciennes cernées de bleu, ce bleu censé éloigner les mouches, comme au Maroc.







Des chats me font un brin de conduite, de causette ou me fuient avec inquiétude, mouillés, ébouriffés.Amusants et pathétiques...
Chats de Riudaura

Je ne comprends pas : une histoire de poule et de Révolution
Je ne saisis pas le sens


Je repars, Riudaura est un bout du monde. Je traverse les grasses prairies d' "Enbas": les villages ou hameaux sont suivis de "Enbas". C'est la Vall d' Enbas, la Vallée d' Enbas, enserrée entre des montagnes. Dont le Puigsacalm.

Petites routes d' Enbas noyées de pluie

Saint Privat d' Enbas est un minuscule village, presque un hameau, ne serait ce son église qui lui confère le rang de village . Sitôt passé un étonnant et long porche, on débouche sur une place elliptique regroupant quelques maisons, l'église, des fontaines; un air de côte atlantique espagnole que la petite pluie fine et insistance renforce.  C'est envoûtant !

Le porche de St Privat d' Enbas


La place semi circulaire

Il fait la tête

Il ne sert à rien

St Privat d' Enbas vu d'en haut : du Puigscalm

Une pluie atlantique et silencieuse, qui pénètre jusqu'à la peau, un paysage noyé de gris, et me voici à Joanetes où je vais passer la nuit.


Au pied du Puigsacalm. Il serait vain de le chercher, invisible dans tout ce gris. L'après midi ne touche pas à sa fin mais c'est si triste que cela y ressemble. Je me loge dans un coin de Joanetes, tout petit village un peu escarpé, j'ai quitté la vallée.


Que de pluie !!
 Le village a plusieurs niveaux : la partie basse, le noyau central autour de l'église, absolument désert, un lotissement et quelques fermes . Il pleut, je m'installe près de l'église qui sonne les heures et tous les quarts. Cela tient compagnie...



La pluie redouble. Je ne verrai rien de la montagne, des habitants ni même de l'habitat. Je me confine dans mon logis, chauffage, lampes et écriture. Les cloches scandent le temps qui passe, je suis bien....

Dans mon cocon


Ce que j'aurais pu voir et que je n'ai vu qu'aujourd'hui


Ce que je voyais

Mon logement sous pluie

La nuit survient, les cloches se taisent. J'ai ouvert ma porte sur la nuit, et ses 5 °; la pluie a cessé. le ciel est piqueté d'étoiles à 2 h  et à 3 h tout à coup les cloches muettes sont prises d'un accès de folie ! Voilà qu'une ébauche d'Angélus endiablé se joue près de moi, vite ramené à la raison : par qui ? Enfin, des cloches qui perdent l'esprit ? Où voit on cela ? On a beau être cloches il y a des choses qui ne se font pas.
Des cloches folles ??

Le silence revient, la brume envahit tout , je me rendors. Au matin c'est une féerie de chants d'oiseaux qui me réveille : un matin pur, où dansent des brumes, où un soleil prudent émerge de sa prison dorée et teinte d'ocre la montagne où je vais aller...
Où je piaffe d'aller !

Matin de brume ou le soleil prisonnier

Là où je vais aller (à découvrir bientôt dans "Les balades de Lison")
La serra du Puigsacalm
A lire : la randonnée au Puigsacalm (clic)

lundi 29 janvier 2018

Un village Catalan : Setcases

Samedi soir...Il pleut sur Setcases, un petit village catalan, au coeur des montagnes, à 1280 m d'altitude. Il pleut et c'est l'hiver, un hiver qui s'est absenté un moment. Juste le soir où j'y arrive.

Setcases : 20 janvier 2018 18 h 10 sous la pluie

Même lieu sous un beau soleil de mars 2013

Il fait doux, il fait humide, un étonnant ciel rose coiffe les montagnes mais ne me dit rien qui vaille pour le lendemain.
Setcases, je connais tellement ce village et je l'aime tout autant.


 C'est un passage obligé pour se rendre à la station de ski de Vallter 2000, à 12 km en amont, et il est le dernier lieu habité. Longtemps Setcases demeura un terminus, lové dans un cirque montagneux, au bord du Ter . Le Ter, un torrent de montagne, un ruisseau, une rivière puis un fleuve, 167 km au bout desquels  ses épousailles avec la mer. On le voit naître ce Ter, tout là haut, longtemps enfoui sous la neige.

Vallter, février 2014

Naissance du Ter, gelé en ce janvier 2016
Confluence du Ter et du torrent
de Vall Llobre, au village

Setcases, "sept maisons" serait la traduction littérale mais je doute que ce soit la vraie étymologie.
Un village comme tant d'autres, né aux alentours de l'an mil, possession d'abbayes locales et riches, alors, un village ballotté d'abbaye en abbaye, de Seigneur en Seigneur. Qui se développa au fil des ans, des siècles, avec le bois, les charbonnières, les forges, les mines, l'élevage et puis qui s'amenuisa, déclina, pour mieux renaître, en 1975, avec la création de la station de ski de Vallter, sur son territoire. Ski l'hiver, tourisme de montagne l'été, ce cirque de montagnes est dominé de fiers sommets à plus de 2700 m d'altitude.
Setcases, la route s'y arrêtait jadis mais pas les chemins : chemin de Nuria et son sanctuaire, chemin de France vers Mantet. Sur un de ces chemins, vit le jour en 1909 le premier refuge de montagne catalan , et espagnol, le "Xalet Vell", le vieux chalet, oeuvre de pionniers Pyrénéistes. Je l'ai contée en mon blog, cette épopée (clic ici) , en 2015.

Ruine du vieux chalet, janvier 2015

Setcases est aujourd'hui une ouverture vers un monde nouveau.
Au temps de sa splendeur économique le village compta jusqu'à 550 habitants. Aujourd'hui avec ses 170 habitants il se porte bien car régulièrement "grossi" par le tourisme. Sa physionomie de petit village en grosses pierres a changé : construit, rénové, il compte énormément de restaurants, hôtels, bars et accueils touristiques.
Le côté authentique il faut le chercher rive gauche de la rivière  mais rive droite, même si le village a été entièrement rénové il est tout en pierre sombre, il y a une unité architecturale qui ne choque en rien le regard.

Setcases est pour moi un lieu où je me sens bien. Je loge mon camion sur un des parkings longeant la route  et je me pose là pour la nuit hivernale si je décide de ne pas dormir tout là haut dans les montagnes.





Une soirée à Setcases commence par un rituel : une balade nocturne dans les rues que parcourt un petit ruisseau frétillant et bondissant, coloré même. Il est la musique nocturne de Setcases.




Ensuite, comme la nuit tombe tôt en hiver, je vais "Can Jepet", un café restaurant très cosy. Une cheminée avec un feu qui pétille, quelques personnes âgées qui tiennent salon en discutant à bâtons rompus, bâtons que je saisis fort bien puisque je parle la langue. Le patriarche mange un croissant et boit un chocolat à l'heure de l'apéritif, grondé par sa vieille épouse, ce qui le laisse de marbre mais, attentif à moi qui écris , il va allumer une lumière supplémentaire malgré ma protestation, j'aime cette pénombre un peu plus intime.

Cafés et restaurants sur le "front de parking"
 le long de la route



"Can Jepet", j'y ai fait de mémorables goûters, je ne changerais de café pour rien au monde!




Les jours de grande affluence

Un goûter/souper "Can Jepet"


Et puis il y a "Ca la Nuria", une, que dis je ? l'institution du village : un petit magasin où l'on trouve tous les produits locaux : charcuteries, fromages, miel, surtout le miel !



 Et puis des peluches, des céramiques, des bonnets et écharpes, un peu d'épicerie, en second plan, des vins et liqueurs et...le ratafia. Cette boisson à base de liqueur de noix et d'aromates est délicieuse, sucrée, sirupeuse, moelleuse, riche en saveurs..et en alcool, 28°. Ca la Nuria, c'est le lieu où l'on s'attarde, où l'on cause, devant chez qui on s'assied un instant, juste pour profiter des lumières de la vitrine . La fascination n'a d'égale que celle de l'intérieur sitôt on a poussé la porte et descendu une marche. Une caverne d' Ali Baba, le coeur de Setcases dirais-je.




Assis devant "Ca la Nuria"

L'église Sant Miquel, rebâtie en 1729 après incendie, j'ai la chance de la trouver toujours ouverte, normal, j'y suis à l'heure de la messe. Je me suis même un jour offert la soirée messe !









Setcases nocturne, sous la pluie ou dans le froid, c'est de la pierre qui luit : sur les murs, sur le pavage, autour du petit ruisseau, dans les escaliers, de la pierre, uniquement elle. Mais avec la lumière douce des lampadaires cela varie du brun au blond, en passant par l'ocre, c'est tout en nuances, rien en sévérité.

J'arpente les rues, croise des silhouettes emmitouflées, écoute le silence loin de l'axe principal et me repais de ce charme qui s'accroche à mes basques.























Ensuite seulement je regagne mon camion pour ma soirée "setcasienne". Avec ou sans chat. Le chauffage chaleureux, la lumière douce, une ou autre bougie, sur ma table un ou autre produit local, un bon repas, un havre de paix avant le froid ou la tempête du lendemain. Une nuit sereine. Décidément j'aime Setcases!

31 janvier 2014 avec Lison
Le ratafia : liqueur de noix agrémentée d'aromates
28 ° , délicieux!

Produits locaux catalans : un bon yaourt aux fruits et
 du vin blanc (pas de Setcases !)

Mon modeste repas bien rehaussé toutefois et parfumé
à la fleur d'oranger (el azahar)




















J' ai connu à Setcases de chaleureux et gourmands retours de montagne (El Mouli par exemple) après une grosse randonnée hivernale dans le froid, le vent, la glace, l'altitude.
 Quelle que soit l'heure, on trouve toujours une porte ouverte et un repas chaud arrosé d'un de ces petits rosés sucrés catalans. Et un accueil chaleureux.




Un 31 décembre je choisis d'y faire escale pour changer d'année. La fête, les rires battaient leur plein autour de moi dans la nuit glacée. J'avais mis le champagne au frais sous le camion.
Et comme il faisait vraiment "très frais " ce soir là, je préférai me blottir sous la couette avec Lison chatte et laisser le champagne au frais. Mon angoisse, au matin fut de trouver la bouteille congelée et explosée ! Même pas...


31 janvier 2014

Janvier 2018


La crèche de Setcases 
Tiens, rien que de conter cela, j'ai déjà envie de retourner dormir à Setcases.

Setcases encore sous la pluie...






vendredi 29 décembre 2017

"La pluie d'hiver sur les carreaux..."

C'était dans mes lointains souvenirs, la première phrase d'une chanson . Richard Antony ? Sacha Distel ? Qui connait encore ces noms ? Certes ce n'était pas le paléolithique....Mais c'est si loin...

Bon  c'était pluie d'hiver sur les carreaux. Quand j'ai fermé ma fenêtre pour écarter l'hiver et garder bien au chaud la chaleur de la maison, j'ai été surprise de ce qui tombait du ciel.
Quoi donc ? Mais la pluie!
Dont on avait oublié le nom et le bruit dans nos terres sèches du Midi.
Tellement de jours sans eau, sans pluie.
Et voilà qu'elle habille mon jardin, ma rue, mes carreaux, qu'elle tapisse mes papilles d'un parfum inoubliable, inoublié, mais toujours retrouvé avec bonheur.


 La pluie a mille visages, mille parfums. Qui vont ensemble.

Il y a la pluie d'été chaude, tiédasse, violente, qui fait fumer les routes, la terre,  et dépoussière d'un grand coup les feuilles. Toutes les feuilles.
Il y a la pluie océane très rare, que je rencontre en montagne, presque invisible et qui en cinq secondes vous trempe jusqu'aux os, celle de la littérature qui mouilla sous la plume d' Alejandro Perez Lugin (fin 19 eme) Santiago de Compostela  de façon inaltérable, inaltérée depuis. Un magicien des mots. Un monument littéraire que cette "Lluvia en Santiago" qui n'est autre qu'une pluie océane mais  qui étoila ma découverte de St Jacques de Compostelle, voilà près d'un demi siècle, d'un voile magique.

Et puis il y a la pluie d'hiver...Celle qui s'abattit sur mon village.
Quand je fermai ma fenêtre, ce fut un parfum qui me sauta au visage ; celui qui aurait pu enrober la nuit mouillée, mais on n'était pas encore à la nuit. C'était tout à la fois la terre mouillée, l'herbe mouillée, la pierre mouillée et l'asphalte mouillée. Quel mélange...quel parfum !
Alors j'ai enveloppé ce parfum d'images et de couleurs.
Celle du frileux bougainvillée qui attend sa dernière heure et la mienne sans doute. Plus de trente ans qu'il végète, plus de trente ans qu'il perdure. Au nom de quoi ?


Celle des dernières roses malmenées par le vent  mais qui gardent un parfum subtil contre lequel le vent ne peut rien.



Et puis la terre qui exhale rarement son parfum, le gardant jalousement.
Mais la pluie devenait granuleuse de grésil, étoilée de flocons. Cela changeait tout. Cela magnifiait le parfum, cela magnifiait le grand cyprès de mon jardin d'un reflet mouvant sur ma fenêtre détrempée.
Reflet du cyprès

Je pris ensuite la route pour des besognes très banales et ma route s'obscurcit.

Les roseaux s'allongeaient vers le sol, craquant sous le vent violent. Comme cliquettent les mâts des voiliers dans les ports désertés.


Les grands chênes pleuraient leurs feuilles sur les vignes, sur les flaques, tandis que les petits gardaient les leurs, jalousement, pour un temps encore.







Derrière les cyprès de la colline, le Canigou s'était éclipsé.





L' après midi il avait chaussé des pantoufles de blanc duvet.
Là, au soir, il avait disparu ...Jouait il les Rois du Shopping à la recherche de la tenue idéale pour Malin d' Hiver ?
Ce serait le prochain Matin qui nous le dirait...J'avais hâte d'être au lendemain pour découvrir ce Roi là.
Ce matin, le voici, estompé par la neige. Il continue sa tournée des Rois du Shopping...








De quelle tenue nous reviendra t'il paré après la prochaine pluie glacée, 
celle d'hiver sur mes carreaux...




Finalement, c'était Sacha Distel...


"La pluie d'hiver sur les carreaux
Frappait ses gouttes d'eau
La pluie d'hiver sur les carreaux
Jouait un air de banjo...."